Paul Féval ne l’aimait guère : « Dol est cette cité druidique où les épiciers raisonnables ont chassé les bardes fous. » Votre jugement sera-t-il plus clément ? Dol est d’abord une ville frontière, où la sévère Bretagne se mâtine de douceur normande. C’est une zone charnière, à la fois entre les deux grandes régions, mais aussi entre la baie du Mont-Saint-Michel et les premiers vallonnements verdoyants des pays de Combourg et d’Antrain, porte d’entrée dans la Bretagne romantique. C’est au VIe siècle que Samson, un moine évangélisateur venu d’Angleterre, vint y fonder un monastère. A cette époque, les flots arrivaient jusqu’aux pieds de la cité. Lorsque le moine débarqua à l’embouchure du Guioult, la légende raconte qu’il fut accueilli par un homme désespéré qui semblait guetter un improbable secours venu de la mer. Cet homme était le seigneur du lieu. Il implora le moine de soigner sa femme et sa fille, toutes deux mourantes. En récompense de ses soins éclairés, le saint obtint la permission de construire son monastère. En 848, Nominoë, duc de Bretagne, y fut couronné. Il donna aux évêques de Dol la dignité d’archevêques et de primats de Bretagne. A l’époque des invasions normandes, la ville dut soutenir de nombreux sièges et n’échappa pas aux pillages. Florissante, Dol attirait les convoitises et fut maintes fois conquise et reconquise au gré des alliances politiques et militaires. Après une vaine tentative de Guillaume le Conquérant, la ville succomba en 1203 à l’assaut de Jean sans Terre qui s’y fortifia et brûla la cathédrale. Pris de remords, il en subventionna la reconstruction. Celle-ci se poursuivra au cours des trois siècles suivants et fera de l’édifice l’un des plus beaux monuments de l’architecture religieuse bretonne.Chateaubriand et Victor Hugo séjournèrent à Dol à plusieurs reprises. La ville jouissait d’un immense prestige comme siège d’un évêché. A sa suppression en 1801, la cité dut se résoudre à n’être plus qu’un centre commercial actif. Aujourd’hui, chef-lieu de canton fort de ses quelque 5 000 habitants, la ville reste toujours une zone d’attraction au dynamisme commercial et touristique certain.