C’est sur une charte de 1253 qu’apparaît pour la première fois le nom du Creusot, charte par laquelle Henry de Monestoy vendait à Hugues, duc de Bourgogne, tout ce qu’il possédait au village de Crozot. La découverte d’un gisement houiller au Creusot, en 1502, marque le point de départ de la création d’un établissement métallurgique, auquel MM. Schneider allaient donner un haut degré de développement, quatre siècles plus tard. Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, l’extraction de la houille n’est poursuivie qu’aux affleurements. Il faut attendre 1769, date de la concession accordée par Louis XV à François de La Chaise, pour que commence une exploitation rationnelle de grande envergure. C’est en 1782, sous le patronage du roi, que la Fonderie royale fut construite au Creusot, alimentée en combustible par la houillère. On éleva quatre hauts fourneaux et on creusa de nouveaux puits pour l’extraction de la houille, transformée sur place en coke. En 1786, sous les auspices de la reine Marie-Antoinette, une cristallerie, jadis établie à Sèvres, est transférée au Creusot et réunie à la Fonderie royale. Cette « Manufacture des cristaux de la Reine » fonctionna jusqu’en 1832. La construction du canal du Centre, en 1793, favorisa l’extension des usines de la région. Réquisitionnée durant la Révolution, la Fonderie royale est exploitée pour le compte de la nation, elle travaillera d’ailleurs pour les départements de la Guerre et de la Marine pendant tout l’Empire, fabriquant des canons et des armes de guerre. Mais après la signature de la paix, en 1815, seule l’exploitation de la houille est poursuivie. En 1833, une adjudication met les usines du Creusot entre les mains des frères Schneider. Ceux-ci allaient réaliser des transformations profondes et, en quelques années, la réputation des usines devint considérable et la production de houille doublée. MM. Schneider sont les premiers à s’occuper de la question des locomotives, et livrent la première locomotive d’origine française qui ait fonctionné en France. Ils étendent aussi leur industrie aux constructions navales. L’Exposition universelle de 1860 permet d’apprécier l’étendue de leur essor : les établissements couvrent alors une superficie de plus de 120 hectares, la houillère du Creusot fournit 250 000 tonnes de charbon par an et le personnel comprend près de 10 000 ouvriers. A partir de 1888, les Schneider créent au Creusot de vastes ateliers d’artillerie pour exporter du matériel de guerre, et installent des ateliers d’électricité. Quatre générations de Schneider vont ainsi se succéder et laisser leur empreinte sur une ville qu’ils ont pratiquement construite.