A l’origine, le village, construit en amphithéâtre, se nommait Seyr (nom d’origine phénicienne, signifiant ville au soleil) et sa vie paisible se déroulait à l’ombre d’un couvent de l’ordre de Saint-Basile. Vers 743, une invasion des Sarrasins marqua la fin de cette période de paix. Le couvent détruit fut reconstruit sur décision de Pépin le Bref. En 771, une seconde invasion des Barbares laissa la bourgade sans vie pour près de 300 ans. En 1052, un seigneur de La Marche et un moine de Cluny décidèrent de redonner vie à l’ancien monastère. La première pierre fut posée en 1057. Une centaine de moines de l’ordre de Cluny allaient donner naissance à l’une des merveilles de l’art roman bourguignon. La nouvelle église et le monastère étonnèrent par leur grandeur et leur splendeur. En 1107, le pape Pascal II, rentrant d’Aix-la-Chapelle, vint consacrer l’église prieurale, où pauvres et pèlerins pouvaient bénéficier de la charité des bons pères. Au début du Moyen Age, le monastère comptait jusqu’à 200 moines. Etape sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, la ville fortifiée accueillait les pèlerins, qui y faisaient halte et bénéficiaient de l’hospitalité et de la charité des moines. Cette vertu fut si bien pratiquée que la ville en a conservé le nom. Son influence ne cessait de s’étendre et La Charité, devenue « fille aînée de Cluny », allait avoir plus de 400 dépendances et obédiences à travers tout l’Occident chrétien, la plus éloignée étant à Constantinople. Mais cette prospérité, ajoutée à une situation géographique enviable, suscitait les convoitises et, pendant tout le Moyen Age, rois de France et Bourguignons allaient se disputer sa possession. En 1429, Charles VII, le roi de Bourges, demanda à Jeanne d’Arc de reprendre la ville, puis, changeant d’avis, abandonna la pucelle à son sort. En 1559, un incendie de trois jours détruisit le monastère, une partie de l’église et près de 200 maisons. Les guerres de Religion achevèrent le travail, laissant une ville et un prieuré à demi ruinés. Les restaurations entreprises par Colbert, au XVIIe siècle, allaient rendre au monastère une partie de sa splendeur. Au XIXe siècle, Prosper Mérimée, amoureux de la ville, sauva l’église menacée par la route de Paris-Nevers. Un autre écrivain s’intéressa à La Charité-sur-Loire : Stendhal, qui y séjourna, et qui l’évoqua dans les Mémoires d’un touriste. Depuis, de grands efforts de restauration ont été faits et tendent à redonner une part de sa grandeur à ce qui est l’un des plus beaux fleurons de l’art roman bourguignon.