Ce Chardon Bleu, autre nom du restaurant, est signifié pour rendre un hommage à Nancy. La cité ducale a su charmer ce couple de Bretons que sont les Bagot. Ils s’y sont frottés, ils s’en sont piqués. Quelques nombreuses années plus tard, ils sont toujours là, dans un décor tout entier tourné vers les vastitudes de la mer cernant leur région d’origine. Et dans ce bateau filant en vitesse de croisière, sans roulis, sans tangage, sans la moindre turbulence, on se laisse emmener avec une déconcertante facilité. Il faut dire encore et encore le bel accueil de Françoise Bagot et le professionnalisme sans faille de son Maître d’Hôtel. Il faut dire la qualité constante de son service, son incroyable discrétion, sa redoutable efficacité et ce ballet subtil qu’il semble danser en nous apportant les plats. Cette légèreté-là, on la retrouve, comme une évidence dans la cuisine de Patrice Bagot. Une belle cuisine qui change dans la continuité, qui surprend sans bousculer, qui innove en respectant une certaine tradition. Le menu à 15, 50 € est une aubaine pour qui veut profiter d’un immense savoir-faire et s’en sortir raisonnablement au niveau du tarif. Servi à midi, il change régulièrement, offre un choix d’entrées, de plats et de desserts qui invitent à revenir souvent. Ainsi le gâteau d’aile de raie au foie gras en gelée nous a-t-il séduits par ses saveurs contrastées qui s’offraient le paradoxe de la douceur en osmose. La matouille de flétan accompagnée d’une purée de pommes de terre à l’orange et d’un jus confit du même agrume est tout simplement génial et le Canotier caramel au sel de Guérande et crème à la chicorée semblait être le résumé des deux plats précédents : force et tendresse à la fois. Deux termes résumant assez bien ce navire au long cours qu’est ce fabuleux restaurant. |