La maison fut construite entre 1914 et 1916 par James Deering, l’héritier d’une famille qui avait fait fortune dans les machines-outils agricoles. Viscaya vient du mot basque signifiant « lieu élevé ». Compte tenu de la topographie de Miami, ce nom fut probablement choisi pour la ressemblance du site avec la baie de Biscayne. Le domaine de Viscaya devait se suffire à lui-même. Ses 180 acres (environ 85 hectares) comportaient une petite jungle de mangrove et de feuillus, des citronniers, des pâturages et un village de fermes où l’on cultivait des fruits et des légumes qui devaient à la fois alimenter la villa et être vendus en ville. Enfin, il y avait des ateliers, mais aussi des courts de tennis et un port pour les yachts. Mais Deering, qui n’avait jamais joui d’une santé robuste, mourut en 1925. La plus grande partie du terrain fut vendue. Il en reste aujourd’hui 28 acres (environ 12 hectares), dont 10 sont occupés par la maison et les jardins.
La maison fut dessinée par l'architecte F. Burrall Hoffman. Elle devait ressembler à une villa italienne du XVIe siècle. Deering, Hoffman et le directeur artistique Paul Chalfin passèrent l’Europe au peigne fin pour y trouver des détails d’architecture et du mobilier.
Pour autant, Vizcaya reste au premier rang des résidences privées de Miami. La maison, en béton armé recouvert de corail, est mise en valeur par une série de détails, encadrements de fenêtres en calcaire oolithique local, colonnes faites à partir de la pierre calcaire de Cuba, sans oublier les légendaires tuiles à cylindre de La Havane, dont on dit que les cuisses des señoritas ont fourni le modèle. Comme les flots de Biscayne Bay lèchent littéralement les escaliers de Vizcaya, une digue a été construite et artificiellement déguisée en barque vénitienne avec des statues de A. Stirling Calder.
Les jardins sont tout aussi stupéfiants. Il a fallu sept années au jardinier en chef Diego Suarez, qui avait fait ses classes à Florence, pour en achever le dessin. Si certains jardins sont conventionnels, il y a aussi des innovations : un jardin secret comme on les aimait durant la Renaissance florentine, des fontaines, des piscines dans l’eau desquelles l’environnement se reflète, des chutes d’eau, des escaliers d’eau, un labyrinthe, un théâtre d’été, une maison de thé, un casino et un jardin pour les aveugles planté de fleurs et de plantes aromatiques particulières. Vizcaya a malheureusement reçu de plein fouet l’ouragan Andrew. La petite jungle originelle a été complètement dénudée. De nombreuses fontaines ont été démolies et des statues détruites, la barque et sa décoration anéanties… La maison elle-même a échappé de peu au désastre. Les travaux de rénovation devraient se terminer prochainement et bientôt il ne paraîtra rien de ce désastre.
Chaque année, 300 000 visiteurs se pressent dans ces lieux dont le Metro-Dade County Park and Recreation Dept., qui en est propriétaire, a fait de leur restauration une priorité. Vizcaya est une des attractions touristiques majeures de Miami. Compter facilement 2 heures pour la visite, voire plus si vous vous attardez dans les jardins.





