S'il est une excursion à faire au départ de Lalibela, la voici. Cette petite merveille est accessible en taxi (comptez 800 birrs à partager). Il est également possible de parcourir les 20 km à dos de mule, ou en cinq heures de marche, la récompense sera à la hauteur de l’effort demandé ! Au centre du village de Bilbila, un panneau indique le chemin sur la droite menant à l’église au bout d’une piste de 12 km. Après quelques minutes de marche au cœur d’une forêt luxuriante, on arrive à l’église dissimulée au fond d’une grotte, derrière un mur de parpaing censé la protéger des infiltrations.
Le sanctuaire, de style axoumite, daté du XIIe siècle, est attribué au souverain Yemrehanna Kristos, prédécesseur de Lalibela. Bâti avec des matériaux rapportés de Jérusalem, d’Egypte et de Syrie, l’édifice repose sur un soubassement envahi par les eaux et symboliserait l’Arche de Noé. La légende rapporte l’intervention de l’ange Gabriel dans la construction du sanctuaire ainsi qu’à plusieurs reprises dans la vie du saint. La façade bicolore (bois et maçonneries enduites) est percée de huit fenêtres, toutes différentes, encadrées de têtes de singes et rappelant les huit humains embarqués sur l’Arche. L’intérieur étonne par la richesse de son décor et notamment par les merveilleuses peintures multicolores des plafonds symbolisant les sept cieux où se déploient d’innombrables motifs géométriques, des croix, un bestiaire... Du plafond en berceau, lui aussi très richement peint, tombent les pendentifs d’or et de pierres précieuses dont le souverain aurait voulu parer son édifice avant d’être rappelé à plus de modestie par Dieu. Les piliers surmontés de chapiteaux sculptés et polychromes, la perfection de arcs en plein cintre et le pavement du sol finissent de donner une sorte de perfection à cette église étonnante. La grotte abrite un autre bâtiment, qui aurait pu être la résidence de Yemrehanna Kristos, ainsi que le mausolée du prêtre-roi, dont la vénération fait l’objet de nombreux pèlerinages. En s’aventurant dans l’obscurité de la caverne, le visiteur découvrira les ossements de plus de 5 700 pèlerins reposant là, à même le sol.
Depuis Bilbila, il est possible de rejoindre, en 5 heures environ, la route principale Weldiya-Mékélé au niveau de la ville de Korem. Cette piste encore peu fréquentée est parsemée de petits villages de huttes traditionnelles et d’églises plantées comme des sentinelles de la religion orthodoxe sur les sommets de ce paysage vallonné.
A 80 km de Bilbila, une bifurcation à gauche mène vers Sokota, à 20 km (marché les mardis et mercredis). Cette ville de 10 000 âmes, où vivent les Agao, descendants de la dynastie zagoué, fut un important centre politique. Là se trouvait le siège des Waagchoum, leaders de l’ancienne région du Lasta. Les corps momifiés de quelques-uns de ces souverains se trouvent dans la très belle église hypogée de Wukré Mestale Kristos, à 5 km à l’est de la ville. De Sokota, une piste permet théoriquement de rejoindre Abbi-Addi puis de traverser le massif du Tembien jusqu’à Adwa. Il est prudent de se renseigner sur l’état de cette piste peu fréquentée avant d’entreprendre le trajet.
En laissant la route de Sokota sur la droite, on rejoint Korem et l’asphalte à 100 km vers l’est. Cette petite ville de 8 000 habitants, située à 2 500 m d’altitude, marque l’entrée dans la région du Tigré.
