Parmi les quelque trois cents festivals français recensés en France, celui d’Orange possède un mot particulier qui ne ressemble à aucun autre pour le désigner, celui de « Chorégie ». Il suffit de l’exprimer pour que, de n’importe quel point du globe, l’esprit de l’amateur de spectacles situe avec précision une ville au passé romain, un lieu d’exécution superbe ainsi que des représentations réputées. Indépendamment du répertoire théâtral, surtout constitué à l’origine par des tragédies gréco-latines, c’est le monument lui-même qui a révélé au public du monde entier le nom d’Orange. Témoignage de l’architecture théâtrale romaine, le Théâtre d’Orange est le seul édifice de son genre qui ait gardé son mur acoustique. Appelé familièrement « le grand mur », il mesure 103 m de long, 37 m de haut, 67 m d’ouverture (pour le cadre de scène).
L’hémicycle, quant à lui, est capable de contenir près de neuf mille spectateurs. Le premier spectacle eut lieu en 1869. Il inaugurait le retour à la notion de théâtre en plein air. Au programme : “Joseph” de Mehul, la scène des Tombeaux du Roméo et Juliette de Vaccaô. Le succès fut considérable. Mais la réputation d’Orange devait se faire d’une autre manière. Sous l’impulsion des Félibres, poètes provençaux, épris d’œuvres classiques gréco-romaines, la vocation du Théâtre romain devenait impérative : puiser avant tout dans ce répertoire. Par ailleurs, étant donné l’immense capacité du théâtre, on voulut aussi rendre populaire certains chefs-d’œuvre d’auteurs classiques tels, Racine, Corneille, Shakespeare.
Cultiver, émouvoir, éduquer et faire plaisir par le jeu théâtral fut longtemps l’objectif des directeurs successifs. En 1888, le succès remporté par Mounet-Sully, célèbre acteur de la Comédie Française, dans la tragédie de Sophocle, Œdipe Roi, paraissait confirmer le bien fondé de ces intentions. Le Théâtre Antique était devenu un temple de l’art et de l’esprit. Les spectacles ayant lieu l’été, Orange devint rapidement une affaire parisienne et nationale, même si les foules vacancières n’existaient pas encore. Ainsi durant des années, le Théâtre antique fut-il la succursale d’été de la Comédie française. Plus tard, le succès croissant du Festival d’Avignon eut pour conséquence la cessation du théâtre dramatique à Orange en 1969. La vocation lyrique et musicale du Théâtre antique deviendra prépondérante en 1971, avec la création des « Nouvelles Chorégies ». Ainsi depuis une vingtaine d’années, Orange est devenue un point de ralliement que fréquentent des connaisseurs du monde entier, au même titre que Bayreuth, Vérone ou Salzbourg. Au programme de 2012 : La Bohème et Turandot de Puccini, le Requiem de Mozart et la Petite messe solennelle de Rossini.
