
C’est le «  château monstre  » qui représente le quart de la cité de Carcassonne si l'on regarde sa surface au sol. Aller à Bonaguil, c'est réaliser un rêve de gosse  : pénétrer dans un château fort comme un chevalier, arpenter les chemins de ronde et les casemates en jetant un œil à travers les meurtrières, les archères et les canonnières et se refaire 10 000 scénarios de bataille pour prendre ou défendre cette forteresse invincible. Bonaguil est le château de tous les superlatifs  : le plus grand et le mieux conservé de France et certainement le dernier château fort construit dans le royaume. La première pierre est posée en 1483 et la construction s'achève en 1520. Nous sommes donc entre deux époques  : le Moyen Age et la Renaissance. Cela se traduit évidemment dans l'architecture de ce vaisseau de pierre  : des murs épais pour résister à l'artillerie devenue dévastatrice pourtant agrémentés de quelques fenêtres à meneaux, des fossés naturels et un système de défense imparable et redoutable, mais également un système de latrines intra-muros proche de notre tout-à -l'égout et de belles cheminées dans de nombreuses pièces d'agrément. Bâti dans la continuité d'une roche dans laquelle se trouve une nappe phréatique naturelle, Bonaguil, la «  bonne aiguille  », est un château atypique. Tout comme son fondateur Béranger de Roquefeuil. Puissant seigneur de la région, il fit bâtir ce château un peu à contretemps et dans un contexte peu propice aux désirs de puissance des féodaux. La guerre de Cent Ans est terminée et nous sommes alors sous le règne de Louis XI qui eut la dent dure contre la féodalité. Béranger est donc une exception. Encore enfant, il connaît les derniers soubresauts des batailles sanglantes qui opposèrent Français et Anglais et il en restera traumatisé. La construction du château répond donc à une inquiétude, un «  on sait jamais  » prudent. Ensuite, ce seigneur cultivé et haut en couleurs était apprécié du roi de France et séjournait régulièrement à la cour d'Amboise. Il épousera d'ailleurs la fille de la gouvernante du Dauphin, Charles VIII. Une chose est certaine, vu le contexte historique dans lequel fut bâtie la forteresse de Béranger, son impressionnant système de défense ne fut presque jamais mis à l'épreuve. D'où son état de conservation remarquable. Son ennemi le plus redoutable fut la Révolution française… Lors de votre visite, ne manquez pas la visite du donjon en forme de bateau et ses 90 marches pour aller admirer la vue de là haut  : à couper le souffle. Allez voir la grotte naturelle qui servait de garde-manger et les casemates et leur magnifique plafond voûté en lauze. Enfin, ne manquez sous aucun prétexte les graffitis du Moyen Age et de la Renaissance dans la grosse tour et faites-les-vous décrypter par un guide  : un témoignage incroyable de la vie quotidienne de l'époque  ! Comme les lycéens sur leur table de cours, les chevaliers voulaient laisser une trace…





